Chelsy
Strike a Pose


Philippe Pirotte in , Tuesday 22nd May 2007, Switzerland.


Carla AROCHA - Danny DEVOS - Boy STAPPAERTS - Narcisse TORDOIR - Walter VAN BEIRENDONCK et Luc TUYMANS - Steve VAN DEN BOSCH - Anne-Mie VAN KERCKHOVEN - Vanessa VAN OBBERGHEN?

commissaire : Philippe PIROTTE

Circuit LAUSANNE invite objectif_exhibitions ANVERS

Ouverture du 23 mai au 21 juillet 2007

Strike a Pose, rassemblant 9 artistes Anversois à Lausanne vise dans une certaine mesure rien qu’ une sorte d’arrogance. D’autre part le domaine intentionnel de cette exposition mine les mythologies personnelles ou collectives, trop souvent associées à la production artistique. Une « pose », bien sûr, n’est qu’une simulation, c’est prétendre ou assumer des airs. Dans ce sens, l’exposition vise le domaine pervers de la rencontre, assumant le statut conflictuel et éphémère de l’attention.

La référence à Anvers connu comme ville de « poses », de style et de mode est ici indirectement abordée par deux collaborations avec le styliste Walter Van Beirendonck. D’un côté Luc Tuymans à fait broder la petite tête d’un enfant mort, basé sur sa peinture Silence, sur une chemise conçue par Van Beirendonck comme si c’était une cible sur le dos. Le sarcasme du sujet morbide reflète un « retour du réel » dans le domaine de style. Narcisse Tordoir de son côté pousse le styliste Van Beirendonck à expérimenter une « coupe » à la fois peinture et vêtement.

Les contaminations entre le regard, les effets optiques et le niveau psychologique dans les oeuvres de Carla Arocha inspirent des travaux de différents medias qui trouvent leur rapport mental dans le domaine de la peinture. La superficialité, l’aspect limpide, presque trop évident de son œuvre peut paraître si suspect qu’il en devient même intimidant, comme si les reflets constituaient en soi une menace. Dans l’œuvre d’Arocha l’artificiel supplante notre perception du naturel et « être » est soumis à paraître, même comme résultat d’un agent biologique. Into the dark fait référence à un attentat terroriste dans un métro au Japon exécuté avec le poison Sarin qui rendait temporairement aveugle. Les deux pièces en miroir joignent le narcissisme et la mutilation dans une condition inséparable.

La  notion de contamination se retrouve aussi dans les pièces de Vanessa Van Obberghen. Le danger d’un monde envahi par la banalité, soutenue par l’idéologie de la petite bourgeoisie orientée vers une normalité qui méconnaît la différence hante ses dernières photos. Paradoxalement la visualisation du banal d’un monde occidental ivre de désir de sécurité et de sa propre affirmation devient une image malade et presque morbide, comme l’accentue d’ailleurs sa chaise couverte d’un tapis du type qu’on ne retrouve que dans des toilettes et dont on redoute l’hygiène. Une autre photo dédouble le geste de soutien sur l’épaule d’un homme en geste de désignation de suspect, rappelant le M for Murder de Fritz Lang.

Dans ses caissons lumineux, Anne-Mie Van Kerckhoven utilise depuis des années des images d’intérieurs ou de salons philosophiques comme des pensées matérialisées, mais en même temps comme images de départ pour de divers traitements picturales qui constituent et dissolvent en même temps la possible signification, se construisant autour d’une rencontre fictive entre l’artiste, le personnage d’un philosophe et visant une négociation mentale avec la conscience du spectateur.

Même si dans l’exposition, la singularité de chaque pièce et sa relation vis-à-vis d’autres est soulignée et l’attention est dirigée vers l’objet en ignorant volontairement ces origines ou la constitution de son sujet, deux projets reflètent l’idée de revisiter certaines œuvres canoniques de l’art contemporain. Narcisse Tordoir voit la peinture comme un modus operandi spécifique et versatile et ses peintures présentées ici sont basées sur de faux documents créés lors d’une action imitant des photos des happenings d’Allan Kaprow. Ce projet peut être considéré comme un essai inouï de l’artiste questionnant le médium de la peinture comme possible véhicule pour des expérimentations dans un dialogue culturel diachronique. Un journal témoigne du chemin parcouru de l’activité rappelant une conférence de presse de group  rap. Danny Devos nie volontairement les lectures reçues d’œuvres clés de Donald Judd ou de Gordon Matta-Clark dans son projet du Bastard Art Gallery consistant d’œuvres d’art qui connaissent le même statut qu’un « bootleg » ou d’un remix dans le domaine de la musique.  La rencontre fortuite sur une oeuvre de Donald Judd d'une montagne de sable et d'un lac consiste de sable issu d’un puits que l’artiste creuse à Anvers pour son projet Diggin’ for Gordon à un endroit inconnu référant a Office Baroque, œuvre majeure de Gordon Matta Clark faite à Anvers, et de l’eau du Lac Leman, produisant une boue dans des tiroirs rappelant les œuvres tellement connues de Donald Judd.  Steve Van den Bosch quant à lui revisite des stratégies conceptuelles en général et poursuit leur logique avec une rigidité à la limite de la crédibilité. Ses œuvres fonctionnent comme des injections fantômes d’œuvres conceptuelles qui auraient pu êtres réalisés dans leur époque historique. Mais les interventions de Van den Bosch impliquent leur propre « faute » envers cette périodisation. 25 cm off the wall est fait de différents objets trouvés dans son atelier qui marquent une distance respectueuse, typique, prise en compte par un visiteur d’expo.  Rappelant la critique institutionnelle pure et dure la contemporanéité des objets problématise leur historisation. Cette installation est complétée d’un petit dessin dans laquelle une logique est interrompue pour qu’elle puisse aboutir.     

Les pièces de Boy et Erik Stappaerts sont marquées d’un degré de finissage et une perfection mathématique, analogue aux produits de design industrielle. Leur contexte, suggéré ici par une projection vidéo les démasque comme fragments de grandes installations architecturales. Les objets eux-mêmes restent en limbo comme propositions visionnaires vers une société et une architecture alternatives. Ses éléments pseudo architecturales et pseudo décoratif convergeant dans une constellation imaginée de laquelle le but immédiat reste latent.




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